12179264_10207340636849570_1108337299_n
Un des drapeaux (le dernier officiel en date) de la fierté aromantique.

Il va bien falloir que je me rende à l’évidence, je suis aromantique. Peut-être pas complètement, mais en tout cas je fais partie du spectre, comme on dit chez les aros/aces. C’est une prise de conscience qui fut longue, complexe et douloureuse. Elle ne manquera sans doute pas d’étonner bon nombre d’entre vous. D’une certaine manière, je suis le premier étonné.

J’ai un bon « passing » d’alloromantique (¤) voire d’hyperromantique. On pense plutôt à moi comme à un cœur d’artichaut qui s’amourache facilement, et qui souffre de voir que ses sentiments, souvent, ne reçoivent aucun écho, ou qui souffre lorsqu’il perçoit qu’une distance s’installe avec une être aimée (et a fortiori en cas de rupture). On me dit hypersensible, émotif, et assurément je le suis. On me dit chaleureux et affable, je pense que je le suis également. J’ai un côté très bisounours que j’assume entièrement. Je ne peux vivre pleinement sans tendresse, sans câlins-bisous, sans sensualité. Je peux apprécier un beau coucher de soleil en mer, je peux m’imaginer marcher main dans la main avec une femme que j’aime, sur la plage, avant de partager un dîner aux chandelles avec elle. Je peux écrire des poèmes sincères pour lui exprimer mon amour. Je peux vivre des sentiments intenses et passionnés. Même si je suis en train de me déconstruire sur tout ça, je peux / j’ai pu jalouser ceux qui ont, avec les femmes qui me sont chères, le genre de relation que je soupire d’avoir avec elles, et avoir le cœur brisé par le spectacle d’une fusion des cœurs et des corps qui m’est interdite. Sauf que… rien de tout ça n’est intrinsèquement romantique.

Nota bene : Dans cet article qui traite de mon probable aromantisme, il arrivera que par facilité je parle de mes sentiments « amoureux » ou « romantiques », de mes attirances « amoureuses » ou « romantiques ». L’usage des guillemets indique que ces termes ne doivent pas être pris au pied de la lettre. Cela fait référence à la façon dont j’ai pu qualifier mes sentiments ou attirances jadis, ou dont d’autres personnes ont pu les qualifier ou les qualifient encore actuellement…
Libérez-vous de l’amatonormativité.

Rien de ce que je vis n’est intrinsèquement romantique…

La sensibilité, l’émotion, la passion, etc., tout cela se retrouve dans d’autres formes d’amour. Une mère qui sauve son enfant au péril de sa vie ne manifeste-t-elle pas de la sensibilité, de l’émotion, de la passion ? Ce n’est pourtant pas de l’amour romantique. Être hermétique à l’amour romantique ne fait pas de vous un être froid et calculateur. Qui a connu de belles, grandes et fortes amitiés sait également que l’amitié, à distinguer de la vague accointance, peut être le lieu de profondes connexions émotionnelles, d’une bienveillance pouvant parfois aller jusqu’au sacrifice, et qu’il n’est pas exagéré de parler d’amour. Les amitiés peuvent être très tendres et chaleureuses, sensuelles voire sexuelles (seules de stupides normes nous incitent à une certaine retenue émotionnelle, et surtout physique, en amitié). Certaines personnes écrivent des poèmes à leurs ami·e·s, aiment partager des moments privilégiés avec elleux, etc.
L’amitié n’est pas forcément exempte de jalousie et de moments où l’on ressent le manque, la frustration. La jalousie, habituellement modérée voire inexistante, lorsqu’elle est dirigée vers des ami·e·s de nos ami·e·s, peut revêtir une certaine intensité lorsqu’elle est dirigée vers des partenaires romantiques de nos ami·e·s, et je crois que cela contribue à expliquer pourquoi j’ai longtemps pensé être alloromantique : si je suis jaloux des partenaires romantiques de mes amies, n’est-ce pas parce que je n’éprouve pas que de l’amitié, mais de l’amour romantique ? Il en est de même pour la sensation de manque ou de frustration. En principe, les amitiés sont largement réciproques et la sensation de manque ou de frustration est donc modérée voire inexistante, car chacun·e des deux ami·e·s attend globalement la même chose que l’autre de la relation. Cela tient à la nature de l’amitié qui se construit sur la base d’une connaissance juste de l’autre, de soi-même et de la relation que l’on a avec l’autre. Par conséquent, si je ressens de la frustration ou du manque par rapport à ce que m’apporte une amie, cela ne veut-il pas dire que j’en suis romantiquement amoureux ?
J’en étais là de mes interrogations, lorsque j’ai découvert un article qui m’a ouvert les yeux, “Signs of my aromanticism” (16/07/2015), par Marie S. Crosswell, sur son blog The Thinking Asexual (En ligne : https://thethinkingasexual.wordpress.com/…), dont voici un extrait tout particulièrement éclairant :
« My jealousy and envy of people’s romantic partners have always been rooted in the fact that romantic people are notoriously romance supremacist. If my friendship is automatically inferior to a friend’s romantic relationship, whether that RR has been going on for 3 weeks or 3 months or 3 years, why shouldn’t I be jealous? If my feelings, desires, and needs as a friend are subjugated or ignored entirely because of my friend being in love with someone else, why wouldn’t I be upset? If I can’t have the time or the affection or the intimacy I want with my friend, because all of it goes to their romantic partner or because what I want is perceived as “romantic” by nature and therefore off-limits when my friend is in a monogamous romance with someone else, isn’t it totally rational that I would be pissed off, sad, hurt, and offended?
[…]
So my jealousy was never about wanting to be my friend’s romantic partner; it was only about wanting to be equally or more important than their romantic partner of the moment, while remaining their friend. It was about wanting the time, touch, and value that I liked in my friendships and perceiving that it was the fault of my friends’ romantic partners that I wasn’t getting it. »
En français :
« Ma jalousie et mon envie au sujet des partenaires romantiques des gens ont toujours été enracinées dans le fait que les gens romantiques sont notoirement des suprématistes de la romance. Si mon amitié est automatiquement inférieure à une relation romantique d’un·e ami·e, que cette RR dure depuis 3 semaines, 3 mois ou 3 ans, pourquoi ne serais-je pas jalouse ? Si mes sentiments, désirs et besoins comme amie sont subordonnés ou ignorés entièrement parce mon ami·e est amoureux/se de quelqu’un·e d’autre, pourquoi ne serais-je pas vexée ? Si je ne peux pas avoir le temps ou l’affection ou l’intimité que je veux avec mon ami·e, parce qu’iels sont dirigé·e·s entièrement vers son partenaire romantique ou parce que ce que je veux est perçu comme “romantique” par nature et donc hors-limites lorsque mon ami·e est dans une romance monogame avec quelqu’un d’autre, n’est-ce pas tout à fait rationnel que je sois énervée, triste, blessée et offensée ?
[…]
Donc ma jalousie ne consistait jamais à vouloir être la partenaire romantique de mon ami·e ; elle consistait uniquement à être également ou plus importante que son partenaire romantique du moment, tout en restant son amie. Elle consistait à vouloir le temps, le contact physique, et l’importance que j’aimais dans mon amitié, et à percevoir que c’était la faute du partenaire romantique de mon ami·e, si je ne les recevais pas. »
La jalousie et le manque, la frustration, sont le symptôme d’une asymétrie relationnelle, mais elle n’est pas forcément celle que l’on croit habituellement (l’amoureux/se soupirant auprès d’une personne qui « ne verrait en ellui qu’un·e ami·e »). Il peut s’agir d’une amitié non-normée, intense, tendre, sensuelle, voire sexuelle… à laquelle répond une amitié anémiée par amatonormativité et / ou par une romance extérieure qui vampirise sa force vitale, ce qui se traduit par un manque d’investissement émotionnel et physique, une retenue, un blocage, surtout s’il y a mésinterprétation anxiogène des sentiments de l’autre.
Je suis aromantique. (Mais j’ai tant d’amour à donner).

Toutes mes amours se ramènent à des amitiés non-normées, intenses, tendres, sensuelles, voire sexuelles…

Une amitié non-normée, intense, tendre, sensuelle voire sexuelle. Voilà ce que je crois vivre quand je me dis « amoureux ». Pourquoi ? Parce que je retrouve en effet tout cela dans ce sentiment, lorsque je l’analyse par introspection. Et aussi parce que je n’y retrouve que cela. Mais, objectera-t-on avec raison, l’introspection n’est pas la méthode la plus fiable qui soit, il faut aussi du concret.
Dans cette perspective, je suis donc parti à la recherche de définitions de l’amour romantique, de descriptions de ses symptômes, de caractérisation des éléments qui le constitue, afin de comparer cela avec ce qui se passe pour moi quand je dis être amoureux et déterminer s’il s’agit bien d’amour romantique.
J’ai trouvé deux articles intéressants et pertinents sur ce sujet :
Il s’en dégage plusieurs éléments, relativement à l’amour romantique :
  1. Une base génétique et hormonale liée à la reproduction (bien que ça ne soit relevé par aucun de deux articles, je me permets de préciser que ce point ne concerne bien sûr que les personnes hétérosexuel·le·s non-fermé·e·s à la procréation et biologiquement aptes à procréer ensemble).
  2. Un choix inconscient reposant sur des éléments superficiels (voix, gestes, odeur, sourire, etc.) en lien avec notre vécu infantile.
  3. Une idéalisation, une perte du sens critique.
  4. De la brièveté (trois ans maximum).
  5. Une focalisation exclusive de l’attention.
  6. Des pensées intrusives et obsédantes.
  7. Des émotions négatives : manque en cas d’absence de l’être aimé·e ; désespoir, inquiétude et jalousie, à la moindre contrariété.
  8. Des émotions positives : exaltation, joie, énergie, excitation…
  9. Des symptômes physiques : accélération du rythme cardiaque, gorge serrée, nœud à l’estomac, moiteur des mains…
  10. Une recherche compulsive de fusion.
  11. Une recherche permanente d’indices de réciprocité.
Il me semble qu’on peut regrouper tous ces éléments en trois grandes catégories :
I. Les causes du (non-)sentiment amoureux (apparition, maintien et fin) : 1 – 4.
II. Les caractéristiques psychophysiologiques du sentiment amoureux : 3 – 9.
III. Les conséquences comportementales du sentiment amoureux : 9 – 11.
Si j’examine à présent ces éléments à l’aune de mon vécu, il y a bien ça et là quelques vagues ressemblances, mais globalement, ça diverge pas mal…
L’amour romantique est un peu comme une drogue dure…

Ce que je crois être de l’amour romantique est causé chez moi par la même chose que l’amitié.

Il me semble qu’un des aspects les plus singuliers et caractéristiques de l’amour romantique —par rapport notamment à l’amitié— tient à sa manière d’apparaître (ou non), de subsister, et de disparaître. On dit que l’amitié est forcément réciproque et il me semble que cette petite phrase qui peut paraître anodine recouvre une vérité bien plus profonde :
  • Pour établir une relation amicale, il me semble que les choses se passent généralement de la manière suivante : une personne va nous attirer amicalement car elle va présenter un ensemble de qualités qu’on apprécie (qui sont généralement des qualités que l’on partage aussi et que l’on apprécie tou·te·s les deux) et/ou un comportement amical à notre égard ; et pour entrer en relation amicale avec elle, il faut et il suffit de présenter un comportement amical à son égard. Cela va, selon les cas, et à notre égard, engendrer un comportement amical de sa part, ou bien renforcer son comportement amical préalable, et ainsi de suite. Il n’y a pas de raison a priori que ça s’arrête.
  • Pour établir une relation amoureuse, il me semble que les choses se passent généralement de la manière suivante : une personne va nous attirer amoureusement on ne sait pas pourquoi (*), et pour entrer en relation amoureuse avec, on ne sait pas ce qu’il faut faire (*), ni même s’il y a quelque chose à faire. Cette double inconnue explique pourquoi l’amour amoureux est si souvent non-réciproque : son émergence et sa non-émergence sont cognitivement opaques pour les deux personnes concernées. Ça explique aussi pourquoi l’amour amoureux ne dure généralement pas : ce qui commence on ne sait pas pourquoi a de bonnes chances de s’arrêter on ne sait pas pourquoi (*). Le maintien et la disparition de l’amour amoureux sont cognitivement opaques également.
Par « opacité cognitive », à travers les mots « on ne sait pas pourquoi » et « on ne sait pas ce qu’il faut faire », je ne dis pas, bien sûr, qu’il n’y a pas de causes à l'(absence d’)attirance romantique, à son maintien, à sa fin. Ce que je dis c’est que ces causes sont :
  • involontaires,
  • inconscientes,
  • irrationnelles (car consistant principalement en des facteurs génétiques, hormonaux, et des expériences infantiles chargées d’affect et réactivées par des stimuli sensoriels).
Cette irrationalité se décline en au moins deux dimensions :
  • Globalement, en amitié, on va être ou non attiré par un certain type de personnes ou par plusieurs types de personnes. En revanche, en amour romantique, si on va peut-être être repoussé par un certain type de personnes ou par plusieurs types de personnes, on ne sera jamais attiré par un certain type de personnes ou par plusieurs types de personnes (sinon on serait attiré par toutes les personnes qui exemplifient ce(s) type(s)). On sera attiré par un ou plusieurs token(s) (♦) de personnes (ou éventuellement un ou plusieurs token(s) d’un ou plusieurs type(s) donné(s) de personnes), voire même par une situation, un contexte, etc. Cela interdit toute affirmation de nature prédictive ou « stratégique » au sujet des sentiments amoureux.
  • Un deuxième aspect important de cette irrationalité est le fait que les causes de l'(absence d’)attirance romantique, de son maintien, de sa fin n’ont en réalité aucun lien avec —et aucune pertinence au regard de— la capacité de la personne dont on tombe ou non amoureux/se à nous apporter de l’amour, de l’affection, de la tendresse, de la sensualité, du sexe, de façon satisfaisante. Par exemple, on peut tomber amoureux de quelqu’un parce que le jour de notre rencontre, il portait le parfum préféré d’un ex-petit ami ayant beaucoup compté pour nous. Mais il est bien évident que ce n’est pas parce qu’il portait ce parfum que ça va en faire quelqu’un qui va mieux pouvoir nous satisfaire sexuellement, sur lequel on pourra mieux compter pour une vie de couple épanouie, avec qui on partagera des valeurs qui sont essentielles pour nous, etc. Ce parfum porté le jour de notre rencontre ne joue aucun rôle concret dans les activités sexuelles, sensuelles et « romantiques » que l’on va partager avec lui durant le reste de notre histoire avec lui. Par exemple, ce n’est pas parce que quelqu’un portait ce parfum lorsqu’on l’a rencontré qu’il va mieux savoir s’y prendre pour nous amener jusqu’à l’orgasme, et inversement… (#)
En résumé, les sentiments romantiques pour une personne ne sont pas corrélés fortement au type de personne dont il s’agit, à ses qualités, et à ce qu’on attend d’une relation romantique satisfaisante ; ils sont corrélés à un ensemble de causes complexes et particulières sans rapport avec ce qu’on attend d’une relation romantique satisfaisante.
L’amour aromantique est davantage rationnel…
Mais je réalise que ce n’est pas ainsi que je fonctionne pour ma part. Je fonctionne beaucoup plus comme en amitié, si ce n’est qu’une attirance esthétique/sensuelle minimale est requise comme condition préalable (et de manière un peu semblable à l’amitié, c’est un ou plusieurs type(s) de physique(s) qui va m’attirer). Une femme va m’attirer « amoureusement » (enfin c’est le mot que j’employais jusqu’à lors) car elle va présenter un ensemble de qualités que j’apprécie (et qui sont généralement des qualités que je retrouve également chez moi et que nous apprécions tou·te·s les deux) et/ou parce qu’elle va manifester à mon égard un comportement amical ou que je vais percevoir comme « amoureux », mais qui est peut-être simplement une forme d’amitié tendre, intense, non-normée voire sensuelle. J’avoue que si je mets entre parenthèses l’aspect proprement sensuel et sexuel, j’ai du mal à percevoir ce que j’attendrais d’un comportement amoureux à mon égard que je n’attendrais pas d’un comportement amical à mon égard…
Pour entrer en relation « amoureuse » avec elle, j’ai tendance à adopter rien de plus qu’un comportement amical, intensément amical, tendrement amical, voire sensuel si elle m’y autorise (voire sexuel avec son consentement, et une fois qu’une certaine confiance s’est installée bien entendu…), et en tous les cas non-normé (ce que je considérais comme un comportement amoureux jadis). Ce faisant, j’arrive assez facilement à gagner l’amitié des femmes, voire même une amitié intense et tendre.
A noter, pour couper court à toute mésinterprétation, que c’est naturellement et spontanément que j’adopte ce comportement, parce que j’en ai envie, que ça me fait plaisir. Ce n’est pas par stratégie, tactique, drague, etc.
Donc, disais-je, j’arrive assez facilement à gagner l’amitié des femmes, voire même une amitié intense et tendre. Cela suffit à me combler intellectuellement et émotionnellement. Pour le reste, c’est-à-dire la sensualité voire la sexualité, c’est une autre histoire. Je remarque que la plupart du temps, l’attirance sensuelle et surtout l’attirance sexuelle sont pour ainsi dire « romantisées ». Je veux dire par là qu’elles se comportent comme l’amour romantique sur le plan de leur (non-)survenue, de leur maintien, de leur disparition.
Évidemment, je ne peux guère espérer susciter de l’amour romantique en me comportant de façon amicale avec les femmes qui me plaisent. Mais à vrai dire, je ne peux guère espérer susciter de l’amour romantique en procédant de quelque autre manière que ce soit, puisque, en général, ainsi que je l’ai expliqué plus haut, on ne sait pas pourquoi l’attirance amoureuse apparaît (ou non), et que les causes de sa survenue (ou non), n’ont rien à voir avec ce qu’on attend d’une relation romantique satisfaisante. Ces remarques sont transposables à la sensualité « romantisée » et au sexe « romantisé ».
Bon, vu que je n’attends pas d’amour romantique de la part des femmes qui me plaisent, ce n’est pas très grave. Par contre, ça me dérange davantage pour le sexe et surtout la sensualité. Il y a les personnes pour qui le sexe et/ou la sensualité sont indissociables de l’amour romantique. Il y a les personnes pour qui le sexe et/ou la sensualité sont dissociables de l’amour romantique mais sont « romantisé·e·s ». Je préfère jeter mon dévolu sur des femmes qui non seulement peuvent dissocier le sexe et/ou la sensualité de l’amour romantique, mais aussi qui ne « romantisent » pas le sexe et/ou la sensualité. Ça ne veut pas dire que ces femmes doivent forcément avoir envie d’entrer dans une relation sensuelle et/ou sexuelle avec moi, bien entendu. Mais j’aime bien sentir qu’il y a au moins une raison derrière l’absence d’attirance et/ou de désir sensuel·le et/ou sexuel·le. Par exemple, j’aime bien que l’on me dise : « désolé, je n’ai pas envie de relations sensuelles avec toi car tu as la peau trop sèche par rapport à mes goûts », « désolé, je n’ai pas envie de relations sexuelles avec toi car je suis monogame et tu es polyamoureux », « tu es trop poilu pour moi, je ne sors qu’avec des mecs glabres », etc. Évidemment, s’il n’y a pas de raison, il n’y a pas de raison… ou s’il y a une raison mais qu’on ne veut pas me la donner, je me dois de respecter ce choix. Je ne suis pas en train de dire que j’exige qu’on me fournisse une justification en bonne et due forme à chaque fois que je me fais éconduire, ça serait intrusif. La plupart du temps, je ne pose même pas de question. Mais le fait est que je déplore cette approche « romantisée » des rapprochements physiques.
Quant au fait de vivre ou non des amitiés non-normées, c’est une disposition personnelle que tout le monde ne présente pas, ou pas constamment (et certaines personnes se « normalisent » largement, dès lors qu’elles tombent amoureuses de quelqu’un·e d’autre).
La voix, les gestes, l’odeur, le sourire, tout cela est supposé avoir un rôle possible dans la survenue de l’attirance amoureuse, de façon inconsciente. Chez moi, tout au plus, cela évoquera une attirance sensuelle… et qui plus est, je ne crois pas que ça se passe de manière inconsciente en ce qui me concerne. Tout au plus subconsciente mais conscientisable. Je suis également circonspect quant à l’existence d’un lien affectif relatif à mon enfance dans la genèse de mes sentiments « amoureux ». Mais peut-être est-ce parce que c’est inconscient que je ne m’en rends pas compte, alors ! L’amour romantique, lorsqu’il arrive, est supposé engendrer un état d’extase et d’euphorie, très difficile à contrôler les premiers temps. Extase, euphorie ? Moui, peut-être que cela peut m’arriver si c’est réciproque. Très difficile à contrôler les premiers temps ? J’ai plutôt l’impression que c’est le contraire. C’est quand le lien est consolidé par le temps que ça devient plus difficile à contrôler, et notamment à faire marche arrière. Au début, je peux choisir de ne pas m’arrêter sur une femme dont je vois qu’elle ne correspond pas suffisamment à ma personne, ou avec laquelle les chances de réciprocité sont à peu près nulles (c’est pourquoi je préfère qu’on m’adresse un « non » clair et explicite plutôt qu’un « oui » qui finit par se transformer en « non »).
Venons-en à un autre aspect notable du sentiment amoureux, qui contribue à son développement et à son maintien : l’idéalisation, la perte du sens critique.
C’est sans doute une des choses qui est la plus éloignée de ma façon de vivre mes amours. Certes, l’opinion des femmes que je dis aimer amoureusement compte pour moi. Par exemple, si X (une des femmes que j’aime) est en désaccord avec moi, ça ne me laisse pas indifférent car je considère que c’est une personne dont l’avis, a priori, est valable, au moins pour ce qui concerne les sujets où elle s’exprime habituellement. Mais j’ai bien conscience qu’elle est humaine, qu’elle n’est pas infaillible, qu’elle a ses imperfections, et il m’arrive de ne pas être d’accord avec elle et de le lui dire. Je n’aime pas un idéal fantasmé, j’aime une personne réelle.
Enfin, alors que l’amour romantique est réputé être bref, de l’ordre de trois ans au maximum, mes amours peuvent durer très longtemps. Éventuellement il peut y avoir des périodes de creux, si je me trouve, pendant un certain temps, à ne pas pouvoir interagir beaucoup avec la personne, mais il n’y a jamais extinction totale et définitive, et il suffit qu’une interaction reprenne pour que les sentiments se revivifient rapidement.
Bingo aromantique.

Chez moi, ce que je crois être du sentiment amoureux présente les mêmes caractéristiques psychophysiologiques qu’une amitié intense, tendre et sensuelle…

  • Je n’ai pas de focalisation exclusive de l’attention.
Évidemment, quand je suis avec X, je lui prête de l’attention, et peut-être même une attention particulière, car je ne la vois pas souvent. Je pense néanmoins que si je vivais avec elle constamment je serais moins focalisé. J’ai l’impression que c’est vraiment la rareté du moment qui fait que je veux « en profiter un maximum ». De plus, je ne dirais pas que plus rien ne compte quand X est là.
  • Je n’ai pas vraiment de pensées intrusives et obsédantes, surtout quand tout va bien dans la relation.
Il y a de nombreuses personnes auxquelles je pense tous les jours, et il est certain que je ne suis pas romantiquement attiré par elles (ex. : mes parents). D’une manière générale, plus j’aime quelqu’un·e, plus je pense à ellui avec affection et tendresse. Mais à chaque fois, c’est moi qui décide de penser à ces personnes ou qui autorise mon esprit à penser à elles. Si je suis concentré sur un truc, ces pensées ne viennent pas m’obséder. Et c’est vrai également avec X. Tous les jours j’ai une petite pensée pour elle, voire plusieurs, mais je ne dirais pas que ça vire à l’obsession.
  • Je ne manifeste ni manque en absence de l’être aimé·e ; ni désespoir, inquiétude et jalousie, à la moindre contrariété.
Je ressens / ressentais surtout le manque lorsque je suis avec une femme que j’aime, et que notre relation ne présente pas le contenu auquel j’aspire. Surtout si, pendant ce temps, quelqu’un·e d’autre bénéficie de sa part du dit contenu en question… Je peux ressentir du désespoir, de l’inquiétude et de la jalousie dans ces cas là. Mais on est quand même loin, il me semble, de contrariétés qui seraient seulement mineures…
  • Je ressens des émotions positives modérées, douces, et je garde le contrôle.
Je suis heureux et enthousiaste lorsque j’ai un contact écrit, oral ou tactile avec les femmes que j’aime et qu’il est plein d’attention, d’affection, de tendresse. Mais ce n’est pas un état de perpétuelle extase. Je peux avoir une euphorie particulière lorsqu’une souffrance ou angoisse liée à une de mes relations « amoureuse » cesse, mais ça ne dure pas longtemps. Quand on entend parler des émotions positives suscitées par le sentiment amoureux, on croirait entendre parler de l’effet d’une drogue dure… qui dure. Je ne pourrais quasiment rien faire de mes journées si je vivais une chose pareille !
  • Les symptômes physiques : accélération du rythme cardiaque, gorge serrée, nœud à l’estomac, moiteur des mains… m’arrivent dans des circonstances particulières seulement.
Déjà, le stress, l’angoisse, l’inquiétude, peuvent me donner ces symptômes… L’amour romantique se réduirait-il à du stress, de l’angoisse, de l’inquiétude ? Ensuite, je peux avoir ces symptômes quand je dis que je suis amoureux, mais c’est quand ça se passe mal, notamment en cas de non-réciprocité ou de rupture, ou alors lorsque, juste après l’angoisse d’une non-réciprocité, je me rends compte qu’en fait mes sentiments sont partagés (mais ça dure brièvement). Quand tout va bien, ou au cours d’une relation dite « amoureuse », j’ai vraiment l’impression de vivre cela comme une amitié.

Chez moi, ce que je crois être du sentiment amoureux présente les mêmes conséquences comportementales qu’une amitié intense, tendre et sensuelle…

  • Je n’expérimente pas de recherche compulsive de fusion.
Je peux avoir un besoin de fusion, mais il convient de le relativiser. Oui, je souhaite souvent me fondre dans les femmes que j’aime. lorsque je les vois, mais n’est-ce pas de l’attirance sensuelle voire sexuelle plutôt ? Par ailleurs, lorsque je ne les vois pas, je ne ressens pas ce besoin. Certes, j’apprécie l’idée de les revoir, et quand je les vois, je ressens l’envie d’une proximité physique. Cependant, je ne souffre pas de leur absence. A vrai dire, je suis ou serais content de tous les bons moments qu’elles pourraient passer en mon absence (ou au pire je m’en ficherais), si j’ai ou j’avais la garantie qu’elles attendent au moins la même chose que moi de notre relation. Du reste, je suis en déconstruction également à ce niveau. De plus en plus j’arrive à expérimenter la compersion.
  • Je ne suis pas en recherche permanente d’indices de réciprocité.
Il me semble qu’en amour romantique, cette recherche prend place alors même qu’il n’y a pas de bonne raison de douter de la réciprocité. Elle dénote une certaine vulnérabilité liée au sentiment lui-même. Certes, je suis friand de toute marque spéciale d’attention de la part des femmes que j’aime. A vrai dire, il me suffit d’un petit message tendre me signifiant qu’elles pensent à moi et qu’elles m’aiment pour me sentir bien durant toute une journée au moins. Je pense que si elles m’envoyaient un petit message me disant qu’elles ont bien envie de me prendre dans les bras ou de dormir à mes côtés, que cela renforcerait ce bonheur, même si je devrais attendre deux mois pour que ça se fasse.
Mais dans une moindre mesure, j’apprécie également ce genre de témoignage d’affection de la part d’autres personnes —d’autres femmes surtout— alors que je pense assez clairement ne pas en être amoureux romantiquement.

Conclusion…

En guise de récapitulatif de ce qui précède, voici un tableau comparatif entre l’amour romantique et l’amitié qui émerge de mes lectures sur le sujet, de mes expériences, observations et réflexions.
Dans “Towards a better model of attraction” (01/06/2011), sur le site Intimacy Cartography (En ligne : https://intimacycartography.wordpress.com/…), Semiel rejoint mes conclusions :
« Romantic attraction (as I define it) is the particularly “romantic” part of things. It’s butterflies in the stomach, intrusive thoughts of the other person, thrills when you hear their name. Most crucially, from a definitional perspective, it’s contentless. It’s not that you feel drawn to the other person because of some other thing, you just feel drawn to the person, full stop. If you find yourself adding the word “because” in a sentence, you’re probably not talking about romance any more. As an aromantic, when I miss someone, I miss them because I miss the conversations or the sex or the cuddles. When a romantic person misses their partner, however, they just miss them because they miss them. The other person’s very existence (divorced from anything about the person) is something that pleases them. »
En français :
« L’attraction romantique (telle que je la définis) est la part des choses particulièrement “romantique”. C’est les papillons dans l’estomac, les pensées intrusives envers l’autre personne, les frissons quand vous entendez son nom. Plus crucialement, selon une perspective définitionnelle, c’est sans contenu. Ce n’est pas que vous vous sentez tiré·e vers l’autre personne à cause d’autre chose, vous vous sentez juste tiré·e vers la personne, point. Si vous vous trouvez à ajouter les mots “parce que” ou “à cause de” dans une phrase, vous n’êtes probablement plus en train de parler de romance. En tant qu’aromantique, quand quelqu’un·e me manque, iel me manque parce que les conversations ou le sexe ou les câlins me manquent. Quand une personne romantique [alloromantique] éprouve du manque envers son/sa partenaire, cependant, iel lui manque juste parce qu’iel lui manque. L’existence même de l’autre personne (divorcé de quoi que ce soit au sujet de la personne) est quelque chose qui lui plaît. »
Assez clairement, la plupart des caractéristiques de mes sentiments d’amour cadrent bien davantage avec le concept d’une amitié intense, non-normée, tendre, sensuelle voire sexuelle —bref, ce qu’on peut appeler une attirance / relation queerplatonique— qu’avec celui de l’amour romantique, hormis lorsque je me retrouve en situation d’être attiré queerplatoniquement par une femme amatonormative qui n’est pas ou plus amoureuse de moi, et surtout quand elle est amoureuse d’une autre personne.
Il y a toujours un « parce que » ou un « à cause de » conscient ou conscientisable dans mes attirances que je croyais jadis romantiques. Il y a toujours des qualités qui me plaisent chez les femmes que j’aime et qui sont comme autant de raisons de mes amours. Il y a toujours un véto possible de ma volonté (du moins avant qu’une relation « romantique » débute). Il n’y a que peu voire pas du tout d’idéalisation, peu voire pas de focalisation exclusive des pensées et de l’attention. Par rapport à de l’amour romantique, ma façon d’aimer présente des émotions positives, des envies de fusion et surtout des symptômes physiques plus modérés au cours de la relation (encore qu’ils soient plus intenses que dans les amitiés « classiques »). Mais en contrepartie, quand j’aime, il n’y a a priori aucune limitation de durée.
Puisque, par ailleurs, de nombreux comportements et sentiments que je peux vivre n’ont rien d’intrinsèquement romantiques, on peut donc en conclure que je suis aromantique ou en tout cas dans le spectre de l’aromantisme, ce qui ne m’empêche aucunement d’aimer avec force, intensité, passion, sincérité, chaleur, tendresse, sensualité, etc.
On peut même dire que je suis un aromantique qui aime relativement bien la romance, l’idée de la romance je veux dire, de même qu’il existe des asexuel·le·s qui aiment avoir des relations sexuelles… L’aromantisme est une absence d’attirance romantique, ce n’est pas une absence de désir d’être dans une relation romantique (et même d’être dans une relation romantique avec telle ou telle personne en particulier).

Addendum du 28 janvier 2016 :

Nouvelles réflexions sur mon orientation romantique…

Finalement, je me demande si l’étiquette “aromantique” correspond vraiment à mon orientation. Je pense que “quoiromantique” ou “alterous” seraient peut-être plus proches de la réalité, ou du moins plus explicites, moins objets de confusion.
Disons que je remarque que lorsque je dis aux gen-te-s que je suis aromantique, la réaction fréquente est de se dire que je n’ai que des attirances amicales, mais en un sens d’“attirances amicales” qui correspond à la vision conventionnelle et appauvrie de l’amitié qui a souvent cours, donc qui correspond à un nivellement par le bas (quand bien même j’ai précisé être un aromantique relativement enthousiasmé par le romantisme).
Or, rien n’est plus éloigné de la réalité me concernant. Il est vrai que je ne vois pas (chez moi) de différence claire entre l’amitié et la romance, hormis l’attirance physique qui accompagne souvent (mais pas systématiquement) la seconde (mais qui peut fort bien accompagner la première). Mais c’est entre autres parce que ma vision de l’amitié incorpore des éléments qui sont généralement attribués à la romance. On pourrait presque dire, en fait, que j’éprouve à chaque fois un sentiment mixte, qui est intermédiaire entre l’amitié et la romance et emprunte des deux (par contre, je fais un distinguo net entre amitié et simple accointance, là où beaucoup ont tendance à confondre les deux notions).
En outre, dans mon article, j’avais expliqué que mes “sentiments amoureux” reposaient toujours, comme en amitié, sur des raisons —conscientes ou conscientisables— en rapport avec mes attentes relationnelles réelles et les qualités objectives des personnes chères à mon cœur.
En examinant de plus près mes états d’âmes, je me rends compte qu’il faut que je nuance un peu cette position :
  • Une partie plus ou moins importante de mes “sentiments amoureux” peut en effet (comme c’est le cas chez les alloromantiques) reposer sur des motifs non-rationnels, non-conscientisables, et sans rapport avec mes attentes relationnelles réelles et les qualités objectives des personnes chères à mon cœur.
  • Mais, en revanche, c’est si je n’ai pas de “sentiments amoureux” que je pourrai toujours dire exactement pourquoi c’est le cas. Là, cela reposera sur des raisons —conscientes ou conscientisables— toujours en rapport avec mes attentes relationnelles réelles et les qualités objectives des personnes… pour lesquelles je n’éprouverai pas ces sentiments.
Chez les alloromantiques, c’est pas mal l’inverse :
  • Lorsqu’iels n’ont pas de “sentiments amoureux” pour quelqu’un-e, cela peut parfois reposer sur des raisons —conscientes ou conscientisables— en rapport avec leurs attentes relationnelles réelles et les qualités objectives des personnes… pour lesquelles iels n’éprouveront pas ces sentiments (par exemple, cette personne est un vrai boulet).
  • Mais, en revanche, c’est s’iels éprouvent des “sentiments amoureux” pour quelqu’un-e que cela reposera toujours sur des motifs non-rationnels, non-conscientisables, et sans rapport avec leurs attentes relationnelles réelles et les qualités objectives des personnes chères à leur cœur.
Quelques définitions :
  • « Wtfromantique, ou quoiromantique : le fait de ne pas distinguer les sentiments amoureux des sentiments amicaux ou bien le fait de ne pas réussir à comprendre le concept d’attraction romantique. » (Source : https://storify.com/SaiaLePi0u/orie… )
  • « Alterous – Is someone who can’t be described as neither being (entirely/completely) platonic nor romantic, & is an attraction best described as wanting emotional closeness without necessarily being (at all or entirely) platonic &/or romantic, & is used in the place of -romantic or -platonic (so say bi-alterous instead of bi-romantic). » (Source : http://asexualityawareness.tumblr.com/… ).
____________________
(¤) Attention, au sein de la communauté aro/ace, le préfixe allo- qui signifie « autre, différent » semble désigner ce qui est dans la norme (un alloromantique peut avoir des sentiments romantiques pour quelqu’un·e d’autre, quelqu’un·e de différent·e) ; alors que de façon générale, on parle d’allosexualité pour désigner toutes les orientations non-hétérosexuelles (autres, différentes de l’hétérosexualité). Ce n’est évidemment pas dans le second sens, mais dans le premier sens, que je l’utilise.
(*) Il peut cependant exister des conditions nécessaires à l’amour amoureux qui ne sont pas elles-mêmes cognitivement opaques. Ainsi, certaines personnes (les demiromantiques) peuvent n’être attirées amoureusement que par des personnes avec lesquelles un lien émotionnel préalable (amical par exemple) a été établi. Toutefois, à moins qu’elles soient attirées amoureusement par toutes les personnes avec qui ce type de lien a été établi, ces conditions nécessaires ne sont pas des conditions nécessaires et suffisantes. Ainsi, il demeure fondé de distinguer sur cette base l’amour amoureux de ce lien émotionnel préalable, ainsi que d’affirmer que la survenue, le maintien et la disparition de l’amour romantique est cognitivement opaque.
(♦) A noter que je fais ici référence à la distinction type-token (ou modèle-exemplaire, si on préfère) qui est commune en philosophie analytique.
(#) On peut aussi remarquer que beaucoup de gen·te·s n’ont aucune difficulté à caresser des animaux dits de compagnie, comme des chats ou des chiens, et y trouvent une gratification affective et sensuelle quand bien même ils/elles n’éprouvent pas d’attirance amoureuse pour ces animaux. Cela montre bien qu’il y a une disjonction, chez les gen·te·s, entre leur capacité à être satisfait·e affectivement / sensuellement par un·e individu·e, et leur propension à tomber amoureux/se d’un·e individu·e. Pourtant, bizarrement, ces mêmes personnes auront généralement une réticence à caresser leurs pair·e·s humain·e·s, quand bien même ces dernier·e·s manifesteraient un signe clair de consentement, sauf si elles éprouvent pour elles/eux des sentiments amoureux. Donc, cela montre que la plupart du temps, cette disjonction au niveau des dispositions comportementales ne s’exprime pas avec les individu·e humain·e·s.
Cela participe de l’irrationalité du sentiment amoureux qui a tendance à s’octroyer le monopole des expressions physiques et émotionnelles poussées à l’égard d’autres êtres humain·e·s. Mais c’est pour ainsi dire une irrationalité culturellement et socialement conditionnée, et non pas intrinsèque au sentiment amoureux. Sinon ce monopole s’étendrait au point d’exclure les animaux non-humains des bénéficiaires et pourvoyeurs d’affection et de sensualité.
Publicités