Préambule : Ce texte est rédigé d’un point de vue masculin cisgenre et hétérosexuel. De fait, il me semble que l’attitude dont il est question touche essentiellement (même si pas exclusivement) des hommes cis dans des relations hétérosexuelles. Par ailleurs, je ne me sens pas légitime pour expliquer aux personnes qui ne sont pas des mecs cis hétéros comment elles doivent envisager leurs relations. Toutefois, il n’est pas impossible que ce texte puisse parler dans une certaine mesure à ces personnes. Si tel est le cas, tant mieux.

bear-with-heart-free-facebook-coverPartons d’une situation assez classique :

Un homme rencontre une femme, iels sympathisent, iels s’entendent vraiment bien, iels rigolent beaucoup ensemble, vont au resto et au ciné ensemble, dansent ensemble, etc. A un moment, l’homme fait comprendre à la femme qu’il aimerait bien « aller plus loin », ce qui, dans l’esprit des deux, veut souvent dire : « entamer une relation de nature sexuelle, voire romantico-sexuelle » (avec potentiellement tout le package habituel qui est livré de série et comprenant : vie de couple, projets de vie, gros achats communs, se balader main dans la main dans la rue en se faisant de temps en temps des bisous sur la bouche et en s’appelant par les surnoms d’usage comme : « mon amour », « mon/ma chéri-e », etc.). Et là, la femme fait comprendre à l’homme qu’elle n’est pas intéressée par ce « plus loin », d’où s’ensuit généralement un malaise chez les deux.

Que se passe-t-il dans la tête de l’homme à ce moment là, en général ? Il va se sentir rejeté dans sa personne à cause du refus de sexe, va se dire qu’il n’est pas tant aimé qu’il le pensait (et que ce n’est pas juste, vu comme lui il s’est investi). Si cette femme dit « oui » pour du sexe à une autre personne, il va se dire : « mais qu’a-t-il/elle de plus que moi ? » et va penser qu’elle le préfère nécessairement, qu’elle le trouve mieux, etc. Bref, je ne vais pas épiloguer plus longtemps, vous voyez toutes et tous de quoi je parle.

On peut résumer ces croyances en une série de points :

  • « Je ne compte pas autant pour elle qu’elle compte pour moi ou que les autres (ceux avec qui elle a une relation romantico-sexuelle) comptent pour elle. »
  • « Les moments que l’on passe ensemble ont sans doute moins de valeur pour elle que pour moi et les moments qu’elle passe avec les autres ont sans doute davantage de valeur, pour elle, que les moments qu’elle passe avec moi. »
  • « Elle ne veut pas s’investir émotionnellement avec moi autant que je veux m’investir émotionnellement avec elle ou qu’elle veut s’investir émotionnellement avec les autres. »
  • « Elle ne veut pas s’investir physiquement avec moi autant que je veux m’investir physiquement avec elle ou qu’elle veut s’investir physiquement avec les autres. »
  • « Elle ne voudra jamais avoir de relations sexuelles / romantico-sexuelles avec moi jusqu’à la fin des temps. »
  • « Elle n’est pas attirée sexuellement / romantiquement par moi ».

On a là une sorte de théorie de la valeur déclinée en plusieurs points (ma valeur, la valeur du temps passé avec moi, la valeur de nos échanges émotionnels, etc.). Une théorie sexuelle de la valeur, puisque cette valeur n’est mesurée qu’à l’aune du souhait d’avoir du sexe avec moi là, maintenant, tout de suite.

Je pense que toutes ces croyances qui traversent souvent l’esprit des hommes face à un refus de relation sexuelle (voire romantico-sexuelle) créent l’essentiel de la souffrance liée aux dits refus, laquelle justifie en retour les dites croyances. Rompons donc le cercle vicieux. Une analyse précise de ces croyances montrera, je l’espère, en quoi elles sont toutes infondées, et en quoi, finalement, le refus de sexe (et de romance) est beaucoup moins grave qu’il n’y paraît.

La liberté sexuelle et amoureuse c’est aussi la liberté de dire « non »…

Ne pas vouloir de sexe avec quelqu’un-e n’a rien à voir (ou pas forcément) avec :

1) La valeur qu’on lui accorde, l’importance qu’iel a à nos yeux.

C’est évident lorsque l’on parle de l’amour parental. De nombreuxes parent-e-s sont prêt-e-s à se sacrifier pour leurs enfants et, à choisir, préféreraient donner leur vie plutôt que ça soit celle de leurs enfants qui soit prise (bon, il y a évidemment des exceptions). Pour autant, l’amour parental n’a absolument aucune composante sexuelle (ou romantique). Pourquoi l’amour d’une femme pour un homme ne pourrait-il pas, de même, être totalement dépourvu de sexualité (et de romance), sans que cela signifie que l’homme à qui il est adressé à moins de valeur ou d’importance ? De fait, je sais que certaines femmes tiennent davantage à leurs ami-e-s platoniques qu’à leurs amant-e-s et se confient plus volontiers à elleux. Si une femme était mise dans la situation de devoir choisir entre la mort d’un ami platonique et la mort d’un amant, rien ne garanti qu’elle choisirait la mort du premier. Cela implique que l’ami platonique n’a pas nécessairement moins de valeur ou d’importance pour la femme en question que l’amant.

2) La manière dont on souhaite s’investir temporellement avec ellui.

Il n’y a aucun lien entre le temps que l’on souhaite passer avec quelqu’un-e et le type d’activité que l’on partage avec ellui. Une femme peut bien voir un amant seulement un soir par semaine et voir un ami platonique trois jours pleins hebdomadaires.

Imaginons, toutes choses égales par ailleurs, qu’une femme, Agathe, ait un amant, Bernard, ainsi qu’un ami platonique, Cyril. Supposons qu’Agathe passe exactement le même temps avec Bernard et Cyril. Manifestement, si elle a du sexe avec l’un des deux et pas avec l’autre, cela signifie qu’elle aura davantage de temps pour accomplir avec ce dernier d’autres activités… qu’elle ne pourra donc pas faire avec le premier. Pourquoi partir du principe que partager du sexe est forcément une meilleure manière d’occuper ce créneau temporel que partager une autre activité ?

On objectera peut-être que même si le temps consacré à Bernard et Cyril est identique, la diversité en types d’activités diffère : activités purement non-sexuelles pour l’un, activités sexuelles et non-sexuelles pour l’autre. Mais une telle catégorisation est grossière et regroupe dans les activités non-sexuelles tout un ensemble d’activités de nature fort diverse n’ayant rien à voir les unes avec les autres (quoi de commun entre les deux activités non-sexuelles que sont la belote et le saut à l’élastique par exemple ?). Or, si on peut bien admettre qu’un certain nombre de types d’activités sont communes pour nos deux hommes, il n’est pas du tout évident qu’il n’y ait pas certains types d’activités qu’Agathe se verrait partager avec Cyril mais pas du tout avec Bernard. Ainsi, peut-être qu’Agathe partage les mêmes goûts musicaux que Cyril mais pas du tout ceux de Bernard. Par conséquent, peut-être prendra-t-elle un réel plaisir à partager une sortie à un concert avec le premier, mais qu’elle n’aurait absolument pas envie de faire de même avec le second. Au final, il est même possible que le nombre de types d’activités différentes partagées avec Cyril soit supérieur au nombre de types d’activités différentes partagées avec Bernard. Peut-être qu’Agathe ne partage que du sexe et des bavardages sans intérêt avec Bernard, mais qu’elle partage des activités sportives, des sorties en concert, des sorties en restos gastronomiques, et des discussions philosophiques avec Cyril.

Considérons encore ceci : si, à un temps T, Agathe a la possibilité d’avoir une relation sexuelle avec Bernard ou de sortir à un concert avec Cyril et qu’elle choisit d’aller au concert avec Cyril, cela voudra clairement dire qu’au temps T, la sortie au concert avec Cyril l’attire davantage que la relation sexuelle avec Bernard. Si Agathe n’a systématiquement de relations sexuelles avec Bernard qu’en second choix, quand Cyril n’est pas disponible pour une activité non-sexuelle, on pourra même dire que de manière générale, pour Agathe, les activités partagées avec Cyril, quoique non-sexuelles, passent avant (en ordre d’importance / valeur accordée) les relations sexuelles partagées avec Bernard.

3) La manière dont on souhaite s’investir émotionnellement avec ellui.

Notre société et notre culture relient tellement le sexe à l’amour (et l’amour au seul amour romantique) qu’on a beaucoup de mal à imaginer qu’une véritable et profonde affection entre un homme et une femme d’une même tranche d’âge puisse passer par une autre voie que le sexe (le sexe sans amour semble toutefois un brin plus simple à conceptualiser pour beaucoup) et l’amour romantique. Pourtant, entre hommes, ou entre femmes, ou lorsque la différence d’âge est marquée, cela semble naturel (préjugé âgiste et hétérocentré ? ).

Quoi qu’il en soit, les sentiments (ce qu’on peut ressentir pour une personne), même romantiques, peuvent fort bien être dissociés des attirances sexuelles, comme nous le prouve le cas des asexuel-le-s romantiques par exemple (d’ailleurs, les asexuel-le-s aromantiques peuvent fort bien éprouver des sentiments très forts également, c’est juste que les dits sentiments ne seront pas romantiques).

Agathe, pour reprendre mon exemple, peut s’investir émotionnellement de bien des façons différentes. En consacrant du temps et de l’énergie à préparer un repas dont Cyril raffole tout en pensant au plaisir que ça va lui faire, elle s’investit émotionnellement pour lui, bien que ce soit de façon non-sexuelle (et possiblement non-romantique). Il en est de même si elle écoute attentivement ses confidences douloureuses et tâche de faire de son mieux pour l’épauler et l’aider. Il n’y a pas si longtemps, une amie lesbienne me disait de ne jamais hésiter à l’appeler au cas où ça n’irait pas moralement, ou si j’avais besoin d’argent, ou si j’étais dans sa ville un jour et que je ne sache pas où dormir. Elle m’avait aussi envoyé un petit mot d’encouragement lorsque j’ai passé les oraux du CAPES en 2015. J’avais été extrêmement touché de toutes ces attentions qui, pour moi, dénotent un évident investissement émotionnel, bien qu’il soit dépourvu de toute composante sexuelle ou romantique.

4) La manière dont on souhaite s’investir physiquement avec ellui.

Le sexe peut sembler être une manière paradigmatique de montrer à autrui l’importance qu’iel revêt à nos yeux ou de s’investir émotionnellement, car contrairement à une discussion, une partie d’échecs ou un repas, il nous met dans un rapport direct et intime à autrui, en tant qu’être concret. A travers le sexe, ce n’est pas simplement une activité que l’on partage, c’est soi-même.

Mais le sexe n’a pas le monopole de la fusion des corps, malgré ces façons de parler rapides qui identifient relation physique et relation sexuelle.

Désexualiser la nudité, comme à travers le naturisme, c’est une très bonne chose.

Désexualiser la tendresse prononcée, la sensualité (bref : tous les échanges physiques non-sexuels), c’est une très bonne chose également.

La suite logique, c’est de faire les deux d’un coup. Et souvent, là ça bogue chez beaucoup de gen-te-s…

J’ai déjà, rarement, expérimenté cette pure tendresse et sensualité des câlins nus, généralement rabaissés au rang de simples préliminaires, comme s’ils ne pouvaient pas exister et faire sens par eux-mêmes, sans avoir besoin de s’arrimer à la perspective nécessaire d’un coït et/ou d’un orgasme. Je ne dis pas que des sensations érotiques ne peuvent pas nous traverser de temps à autre au cours de ce genre d’expérience. Mais on n’est pas obligé d’agir sexuellement sur la base des dites sensations. [1]

Je trouve que c’est tout un riche champ d’expériences à explorer ainsi qu’un bel apprentissage de la maîtrise de soi, de l’écoute d’autrui, de la connaissance de soi-même, etc.

Ainsi, je remarque que peut-être 90% de ma satisfaction physique passe par la pure tendresse et la pure sensualité, et qu’il m’est arrivé d’avoir du sexe, non pas tant pour le sexe lui-même que pour la tendresse et la sensualité qui l’accompagnent. Mais on peut les avoir sans sexe. Et comme il est généralement plus facile de trouver des personnes avec qui échanger de la pure tendresse et de la pure sensualité que de trouver des personnes avec qui échanger du sexe, il est bien regrettable de se mettre comme barrière mentale de ne pratiquer les câlins non-sexuels qu’avec nos partenaires de sexe…

Attention, je parle bien de barrière mentale : la présence ou l’absence d’attirance sensuelle intrinsèque peut bien sûr être un facteur qui explique pourquoi on pourra ou non avoir des relations sensuelles avec telle ou telle personne de façon satisfaisante, mais ce n’est pas ce dont il est question dans mon propos. Mon propos est relatif, par exemple, à des personnes qui pourraient être attirées l’une par l’autre sensuellement — mais pas sexuellement, ou alors pas de manière réciproque — mais qui renonceraient à donner corps à leur attirance sensuelle, parce que l’une, l’autre ou les deux, craindrai(en)t que ça les amène à du sexe, ou parce qu’elle(s) serai(en)t dérangée(s) par le poids des représentations sexuelles associées aux échanges sensuels (surtout dénudés).

Qu’on me comprenne bien : loin de moi l’idée de critiquer / rabaisser le sexe, et même le PIV. Ça peut être très bien si c’est fait dans le respect du consentement de chacun-e. Je déplore juste cette vision binaire qui ne donne le choix qu’entre des relations largement désincarnées et des relations où la perspective du sexe est toujours présente de façon obligatoire (non pas tant dans chaque relation physique prise isolément, mais comme « idéal régulateur » par lequel elles sont jaugées ; comme l’indique des expressions telles que : « on s’est un peu amusé mais on n’a pas été jusqu’au bout » ; quel bout ??).

Je ne suis pas contre le sexe, je suis contre le sexe obligatoire et aussi contre l’idée obligatoire du sexe ; et aussi contre la distinction et hiérarchisation de nos relations selon qu’elles comportent ou non du sexe (avec les partenaires sexuel-le-s placé-e-s à un rang supérieur aux partenaires platoniques). [2]

On objectera peut-être que si la tendresse et la sensualité peuvent se concevoir à travers des relations physiques dépourvues de sexualité, on peut fort bien avoir des relations physiques qui soient à la fois tendres, sensuelles et sexuelles, et qu’ainsi elles sont plus « complètes », plus profondes, plus satisfaisantes. Franchement, ça se discute. Oui, on peut, lorsqu’on a une relation physique avec quelqu’un-e, passer de moments davantage tendres/sensuels à des moments davantage sexuels, et inversement. Oui, dans une certaine mesure, on peut, simultanément, donner sur un peu tous ces tableaux. Mais notre champ attentionnel n’est pas illimité et, dans une large mesure, ces dimensions entrent en compétition pour se l’accaparer. En sorte que si on veut vraiment se concentrer sur l’aspect sexuel, il paraît difficile de ne pas faire un peu l’impasse sur le reste ; et que si on veut se concentrer sur l’aspect tendre et sensuel, il est préférable de ne pas introduire le sexe… dans l’équation. Selon la même logique, avoir du sexe en lisant n’est pas une mince affaire [3]. Ainsi, même si tant la poésie que le sexe peuvent permettre d’exprimer vos sentiments pour les élu-e-s de votre cœur, il vaut mieux ménager deux espaces temporels distincts pour chacune de ces activités… afin de faire les choses bien.

Pour revenir à la relation entre Agathe, Bernard et Cyril : même si Agathe a des relations sexuelles avec Bernard et non pas avec Cyril, il est tout à fait possible qu’Agathe préfère largement se faire masser par Cyril que par Bernard. Ce n’est pas parce qu’Agathe a des relations sexuelles avec Bernard mais pas avec Cyril que ça veut dire qu’avec Bernard, tout est forcément mieux qu’avec Cyril sur un plan physique. Pour donner à nouveau un exemple personnel, j’ai une amie platonique qui adore que je lui gratte le dos. Elle trouve que je fais ça bien, et de toute façon, aucun de ses amants ne veut lui gratter le dos. Bien que nous n’ayons pas, à ce jour, de relations sexuelles avec cette amie, nous avons donc ce type de rapport physique malgré tout, qui me permet d’avoir une connexion directe et intime avec la personne qu’elle est concrètement.

On voit souvent l’amour comme un stade supérieur à l’amitié, avec plein d’obstacles complexes à franchir… ce qui peut être vrai si on en reste à la « théorie sexuelle de la valeur »…

5) Ce qu’on voudra ou non d’un point de vue sexuel / romantique avec ellui dans le futur.

Même s’il convient rigoureusement d’éviter toute projection (« tu ne veux pas maintenant, mais un jour tu voudras »… ou pas !) et tout harcèlement (« avant-hier tu ne voulais pas, hier je t’ai demandé et tu ne voulais pas, et aujourd’hui comment ça se présente ? »), en revanche, il n’est peut-être pas nécessaire non plus de partir du principe selon lequel un refus sexuel au temps T signifie un refus définitif. La meilleure attitude en la matière, il me semble, est agnostique et surtout non-oppressive. La femme à qui vous avez exposé une première demande est au courant de vos dispositions. Si elle change d’avis, elle pourra toujours revenir vers vous. Le mieux, à mon sens, est même de ne jamais rien demander de nature sexuelle, car cela oblige psychologiquement à prendre position et cela peut être source d’une certaine angoisse pour les deux (et surtout pour la femme, à cause de l’éducation patriarcale à faire fi de son propre consentement). On peut formuler les choses autrement. [4]

6) L’attirance sexuelle et/ou romantique pour ellui.

Cela peut sembler paradoxal, néanmoins il est possible d’être sexuellement / romantiquement attiré-e par quelqu’un-e et pour autant de ne pas souhaiter avoir une relation sexuelle / romantique avec ellui (et l’inverse est tout à fait envisageable également ! [5]). Un certain nombre de motifs ou de raisons peuvent y faire obstacle. Ainsi, par exemple, une femme et un homme peuvent se plaire mutuellement sur un plan sexuel et/ou romantique, mais :

  • L’un-e des deux est polyamoureuxe et l’autre monogame non-polyacceptant-e.
  • La femme est trop impressionnée pour se sentir à l’aise au sein d’une relation sexuelle / romantique avec l’homme.
  • La femme a développé avec l’homme une relation basée sur des confidences au sujet de leur vie sentimentale et sexuelle (par exemple) et, à tort ou à raison, elle craint (plus ou moins inconsciemment / involontairement) que l’introduction d’une composante sexuelle / romantique dans leur relation altère cet aspect de confidences.
  • La femme est également attirée par l’homme pour plein d’autres aspects et elle souhaite d’abord se concentrer sur ces aspects là.
  • Etc.

Dans tous ces cas, il est évidemment possible qu’une relation sexuelle et/ou romantique se mette en place ultérieurement (ou pas…), si des éléments de contexte vienne à changer, si les motifs deviennent caducs, si les raisons ne trouvent plus à s’appliquer, etc. (cf. point précédent). Mais se montrer « relou » n’est évidemment pas une attitude propre à favoriser ce repositionnement.

Conclusion :

De nombreux mecs cis hétéros éprouvent une peine immense à essuyer un refus sexuel / romantique, surtout lorsque d’autres « bénéficient » d’un « oui » de la part de la même personne « convoitée ». Ils ont l’impression d’être remis en question dans leur personne, leur valeur, se disent qu’ils n’ont pas, pour ces personnes, l’importance qu’ils pensaient, etc.

J’espère avoir montré que ces croyances ne reposaient pas sur grand chose, voire sur rien du tout.

Mais alors, pourquoi sommes-nous si nombreuxes à les entretenir ? C’est simple : parce qu’on a été dressé-e-s ainsi par la société et la culture dominante. Nous sommes abreuvé-e-s de messages et d’injonctions qui instillent dans notre esprit l’idée que le sexe est forcément quelque chose de hyper-génial, que si on est puceau à 25 ans on a raté sa vie (le fait même de marquer symboliquement le pucelage par l’usage d’un terme, et l’habitude de dire qu’on se déniaise lorsque l’on a sa première expérience sexuelle participe à renforcer cela), que la valeur d’un mec se mesure à la taille de sa bite et de son « tableau de chasse », ou encore que l’amour romantique est la plus belle et aboutie forme d’amour, que la liberté sexuelle des femmes consiste à dire « oui » tout le temps à tous les mecs qui les draguent, parce que, forcément, « elles ont envie de sexe, et qui plus est avec tous les mecs, et il n’y a rien qui puisse les freiner hormis une morale bourgeoise intériorisée ». Sexualisation fréquente de la publicité (pour vendre des yaourts au bifidus ou des automobiles), romans « à l’eau de rose », tradition des « catherinettes », pornographie mainstream, etc. sont autant d’éléments culturels fort divers de prime abord mais qui vont dans ce sens. Et tout cela est renforcé par les pair-e-s.

Qu’on se le dise, le sexe ça peut être bien, l’amour romantique aussi. Je ne nie pas que l’évolution biologique a pu nous conditionner génétiquement à apprécier particulièrement cela. Néanmoins, je doute que cela prendrait une telle ampleur dans notre vie sans ce renforcement par une bonne couche de conditionnement social et culturel. Dans notre société post-soixanthuitarde, nous avons d’ailleurs bien entamé la dissociation entre sexe reproductif et sexe récréatif ou social. Reste (notamment) à poursuivre la déconstruction, en désexualisant et déromantisant l’intimité émotionnelle et physique, ainsi que l’amour (même profond).

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[1] Cf. : https://thethinkingasexual.wordpress.com/2013/06/25/the-physical-touch-escalator/

[5] Cf. les notions de cupiosexualité et de cupioromantisme par exemple.