Petit exercice d’introspection après une semaine très chargée en montagnes russes émotionnelles...

Je crois avoir identifié le processus qui me fait me sentir en sécurité avec une relation amoureuse.

Mise en contexte…

Alors, déjà, pour poser le contexte : j’ai eu jadis, comme beaucoup de gens, des relations amoureuses qui se sont terminées. Parfois l’étiquette « relation amoureuse » demeurait, au moins un temps, bien que tout le reste, en terme de contenu relationnel, avait fini par faire penser à une amitié relativement classique (au mieux). Le plus souvent (et de loin) je n’étais pas à l’origine de la (quasi-)rupture. Le plus souvent, je n’ai pas eu d’explications claires, c’est comme si l’amour / le désir avaient juste disparu par hasard (et qu’on essayait de broder au mieux autour pour rationaliser ce qui relevait de l’irrationnel) ou en raison d’erreurs, de maladresses, de propos maladroits, dont on avait fait tout un fromage à mes yeux. Malgré les mois ou les années, aucune de ces relations – à deux exceptions près – n’avait repris.

Tout cela m’a donné l’impression que l’amour / le désir étaient vraiment très très fragiles et aléatoires, que si une relation s’arrête, c’est fini à jamais, et donc la crainte que ça s’arrête, que ça s’étiole (l’étiolement ayant été perçu par moi comme un signe avant-coureur), et que je devais être dans l’auto-vigilance permanente parce qu’on allait scruter mes paroles et mes comportements un à un et ensuite éventuellement me les reprocher. Le paradoxe étant que la pression de cette auto-vigilance tend parfois à me faire faire encore plus de boulettes parce que je focalise mon attention dessus, puis le sentiment de culpabilité et l’anxiété d’avoir commis les dites boulettes s’ajoutent à l’encombrement de mon champ attentionnel, résultant en un cercle vicieux de boulettes…

A l’appui de cette vision des ruptures il y a tout le narratif habituel quand une personne rompt en général, qui donne à penser que c’est effectivement une décision définitive, etc. Je crois que je juge les gens globalement trop rationnels et dans la justesse 😁 Je me dis inconsciemment que s’ils me quittent c’est que c’est forcément une décision froide, mûrement réfléchie, qu’ils se connaissent et me connaissent suffisamment pour savoir qu’il n’y a pas d’autre solution possible et que ça ne changera jamais, même dans 1 an, même dans 5 ans, même dans 10 ans, etc.

Avec du recul, je prends conscience que les gens parlent surtout de leurs émotions du moment et que c’est donc « définitivement terminé »… jusqu’au prochain changement d’état émotionnel 😊Le désamour est « définitif » tant qu’il dure. Du moins j’en prends conscience intellectuellement, même s’il n’est pas toujours évident de raccrocher les wagons de l’émotion.
J’imagine que ce qui renforce cela, c’est que même si intellectuellement on sait que les états émotionnels peuvent se succéder, on a tendance à ressentir chaque état émotionnel qu’on traverse comme définitif (enfin surtout les [très] négatifs peut-être). Si je suis très très triste au temps T, il est « évident » que je serai toujours très triste jusqu’à ma mort 😊 (voire que j’ai toujours été très triste). Je conseille à tout le monde la vidéo d’Alistair Houdayer sur la permanence émotionnelle qui apporte un éclairage supplémentaire sur ce phénomène.

De mon côté, je pense avoir fait des erreurs en lien avec cette crainte de la rupture. Des erreurs pendant mes relations et des erreurs après :

Pendant mes relations…

Pendant mes relations j’ai considéré avec beaucoup d’anxiété tout ce que je percevais comme des signes avant-coureur d’une rupture. Mes principaux langages de l’amour sont le toucher physique et les « mots d’affirmation ». Donc, pour moi, les signes avant-coureur d’une rupture, c’était quand une partenaire amoureuse diminuait la quantité et la qualité / l’intensité de ses démonstrations d’affection via le toucher et les mots à mon égard. A fortiori si je voyais qu’il n’en était pas de même avec d’autres de ses relations, ce qui prouvait à mon sens que cette diminution n’était pas liée à cette partenaire amoureuse dans son rapport à elle-même, mais qu’elle était liée à moi et à son rapport à moi. Cela entraînait comme conséquence de me rendre triste, de me faire me culpabiliser et m’interroger avec anxiété sur le « mais qu’est-ce que j’ai donc fait / pas fait / mal fait ? ».

Et comme je craignais que le fait même de confier ma crainte à mes partenaires les fasse fuir, ben souvent je la gardais pour moi… mais j’imagine qu’elle transparaissait malgré tout (par le regard, la posture, les bourdes, oublis, conduites et propos à la ramasse en raison de la colonisation de mon champ attentionnel par mes anxiétés, etc.), et que sans tout le background explicatif, c’était potentiellement encore plus malaisant que si j’avais franchement confié mes craintes.

Je crois aussi que comme élément bloquant il y avait la crainte que confier mes craintes confirme qu’elles étaient belles et bien justifiées. Pourtant, avant un début potentiel de relation, j’aime bien savoir rapidement et franchement si je plais ou pas. Mais je crois qu’une fois en relation et bien attaché à la personne, ça devient beaucoup plus compliqué. A la fois j’ai envie que les gens soient sincères (ça passe tout de même en premier) et à la fois je n’ai pas envie que les gens me disent qu’ils vont me quitter, qu’ils ne m’aiment plus, ne me désirent plus. En conséquence, pour « résoudre » ce paradoxe, j’évitais d’aborder le sujet de mes craintes.

Une autre erreur, je pense, c’est d’avoir souvent fait peser sur autrui une attente de pérennité relationnelle / affective. Parfois de façon explicite avec des petites phrases « anodines » comme « j’espère qu’entre nous ça durera toujours », mais parfois aussi de façon implicite j’imagine. J’ai l’impression que ça a pu contribuer à l’inverse de l’effet voulu, que les personnes se sont potentiellement senties enfermées dans la relation (même si temporellement seulement et pas en terme de possibilités d’avoir d’autres relations à côté), et que ça a pu contribuer à un retrait.

Après mes relations…

Après mes relations, j’ai commis d’autres erreurs.

Déjà, puisque j’avais toujours en tête ce schéma de rupture = définitif, j’ai eu tendance à me plonger dans des états de grand.e tristesse / désespoir. Après une rupture c’est rarement cool on est d’accord, mais je pense que si je n’avais pas eu ce schéma à l’esprit je les aurais quand même mieux vécu.

Mon besoin de compréhension a fait que, souvent, j’ai été tenté de demander des explications et des explications des explications… avec potentiellement une certaine lourdeur on va dire, accentuée par mon état de détresse… Cette lourdeur n’était ni intentionnelle ni explicite. Mais le constat de ma détresse ajouté au sentiment de culpabilité de la personne qui rompt, lui-même appuyé par toutes sortes d’injonctions sociétales à se justifier ont pu transformer en injonctions implicites des demandes formulées de manière un peu trop frontales.

Enfin, j’ai rarement pu transformer mes relations amoureuses en amitié, et ce pour deux raisons :

  • mes deuils étaient « interminables » par rapport aux deuils qu’auraient traversé d’autres personnes n’ayant pas eu mes craintes,
  • et je craignais à une époque qu’une amitié signe une désexualisation / déromantisation de ma personne (plusieurs femmes m’ayant confié une vision des relations avec deux cases : dans une case l’amoureux ; dans une autre case les ami.e.s, qui sont comme des frères et sœurs de sang, et donc avec qui il est définitivement exclu d’avoir des relations romantico-sexuelles parce que ça serait incestueux).

De façon plus anecdotique, je me demande si le fait – à cause de la crainte de la rupture – de n’avoir quasi-jamais initié une séparation quand la relation amoureuse ne me convenait pas et d’avoir attendu que ça soit l’autre qui rompe n’a pas eu aussi un impact négatif : en prenant le lead de la rupture je suis acteur de ma vie, je peux poser les termes de la dite rupture et je suis légitime pour proposer de reprendre la relation ; alors qu’en subissant une rupture je suis spectateur de ma vie, je n’ai pas vraiment mon mot à dire et proposer de reprendre la relation peut être jugé insistant / harcelant / signe de dépendance affective…

Ce que je crois avoir identifié…

Cette longue mise en contexte étant faite, j’en viens à ce que je crois avoir identifié : si une relation vient à rompre ou quasi-rompre (comprendre : la relation continue formellement d’exister mais elle devient vide de contenu affectif au-delà de ce qu’on peut attendre d’une amitié lambda), mais qu’ensuite elle reprend au même niveau qu’avant, cela « conjure » mes craintes. En effet, si une nouvelle période de reflux affectif se pointe je ne la jugerai plus comme définitive, vu qu’il y aura eu un précédent qui m’aura démontré que c’est tout à fait possible que ça reprenne.

J’ajoute à ça une demande de communication proactive, franche, explicite et bienveillante (plus réaliste que des espoirs de pérennité) afin qu’en cas de malaise avec moi et/ou dans la relation l’autre n’hésite pas à m’en parler afin qu’éventuellement on puisse trouver des solutions ensemble qui conviennent aux deux, et c’est le bonheur 😉

Quant à la pérennité relationnelle, je ne dirais pas que je la laisse tomber complètement de mes espoirs, mais de plus en plus je la conçois différemment. Au lieu d’imaginer une continuation relationnelle figée dans un niveau d’affection constant vs une rupture qui n’augurerait que le néant affectif (enfin au-delà du niveau conventionnellement amical) jusqu’à ce que mort s’ensuive, je me dis qu’une relation peut passer par des phases de bosses et de creux de durées et d’amplitudes variables et peut durer ainsi très longtemps, voire pourquoi pas jusqu’à ce que la mort s’en mêle…

Je l’ai dit plus haut, jusqu’à présent seules deux de mes relations amoureuses ont repris après une (quasi-)rupture. Mais à présent les insécurités affectives qui me rongeaient au sujet de ces relations ont disparu complètement.

Ça m’aide beaucoup d’ailleurs à appréhender avec davantage de sérénité mes autres relations… mais je crois que j’ai besoin quand même, avec certaines relations, de passer par ce processus pour me dire que « ah, ben cool, ça marche aussi avec elle » 😁

(Si je trouve la motivation, j’écrirai peut-être un 2ème article sur une thématique proche, mon introspection ayant été d’une richesse égale à l’intensité émotionnelle de cette semaine… 😉).